Chambre photographique format 24x24, Engel-Feitknecht & Co, vers 1880. | Ville de Carouge

Chambre photographique format 24x24, Engel-Feitknecht & Co, vers 1880.

Dernière mise à jour: 07.04.2021
Un des trésors du Musée de Carouge.
Dans son atelier carougeois de la place du Marché 17 et à travers le verre dépoli de ses chambres photographiques, Ernest Piccot (1914-1985) a vu passer plusieurs générations de citoyennes et de citoyens. Il est à l’honneur de l’exposition «hors les murs» du Musée de Carouge (lire page précédente) où l’on peut aussi voir sa chambre technique. De grand format, elle est reconnaissable à son soufflet, qui oblige l’usage d’un trépied, d’une loupe, d’un drap noir, de châssis et d’un déclencheur souple. Il s’agit d’un appareil de fabrication suisse de la marque Engel-Feitknecht & Co à Bienne.

Comment l’appareil fonctionne-t-il ? La chambre photographique est composée d’un corps avant, l’objectif, et d’un corps arrière, le verre dépoli, ainsi que d’un soufflet. L’image visible sur le verre dépoli est inversée, la mise au point se fait manuellement par le déplacement du corps arrière sur le banc optique. Le décentrement et la bascule de la chambre photographique permettent de modifier le cadrage de l’image, de corriger la perspective, d’augmenter ou de diminuer la profondeur de champ, d’éviter des déformations provoquées par la contre-plongée. Essentielle à la photographie, la lumière, naturelle ou artificielle, donne à voir, suggère, transforme, incite au rêve et au mystère. Or, la chambre photographique ne possède pas de posemètre intégré. Ce dernier indique l’ouverture du diaphragme ainsi que le temps de pose nécessaire pour l’exposition du négatif. Dans notre cas, le photographe mesurait la lumière à l’aide d’une cellule indépendante de l’appareil. Le châssis qu’on aperçoit à droite de l’appareil (voir photo) renferme deux plaques de verre qui sont les ancêtres des plan-films. Il est étanche à la lumière, dispose d’un volet que l’on retire quand il a été inséré dans la chambre pour permettre l’exposition de la plaque ou du film. Ernest Piccot utilisait des lampes à incandescence, le flash électronique a été employé dans les studios vers les années 1960. Il obtenait ainsi une couleur chaude, sans influence sur le rendu de l’image noir et blanc. 

Le cadrage de la portion d’espace réel saisi par l’appareil est un choix délibéré. Il peut se faire lors de la prise de vue et/ou lors du tirage. Le photographe carougeois variait les cadrages : modèle des pieds à la tête, plan moyen ou plan taille (de la tête au bassin), plan américain (de la tête à mi-cuisse), plan italien (de la tête aux mollets), plan mi-moyen ou plan poitrine (de la tête à la poitrine), plan rapproché ou gros plan. Quant à l’arrière-plan, partie intégrante du sujet, il est décoratif (motif de paysage) au début de la carrière de Ernest Piccot, puis devient neutre en isolant ainsi le modèle.

Après la prise de vue, le photographe s’enfermait dans son laboratoire pour développer ses plaques de verre ou ses plan-films. À partir de ces négatifs, il tirait des agrandissements sur papier argentique à tons chauds. Par son utilisation de la lumière, du cadre, du fond, mais aussi par son rapport avec les personnes photographiées, Ernest Piccot s’est inscrit dans la tradition du portrait de studio des années 1930-1950.
 

Chambre photographique format 24x24, Engel-Feitknecht & Co, Bienne, vers 1880,
ayant appartenu à Ernest Piccot. © Hélène Tobler, Musée de Carouge.